Antalis BO12

Cette semaine, je vous partage un superbe cadeau que j’ai reçu de la part d’Antalis, Leader européen de la distribution de papiers, de solutions d’emballage et de produits de communication visuelle pour les professionnels. Rien que ça :)

J’ai reçu une chouette convocation un jour de février, pour me convier au brainstore de Saint-Cloud afin de recevoir personnellement mon BO12. Mon BO quoi me direz-vous ?

Mon BO 12 : 12DA (Directeurs/trices artistiques), 12 icônes du design graphique, 12 visions de la place du papier à l’ère du numérique. Super intéressant !

Un projet éditorial avant tout, suivi d’un joli coup de communication. Véronique Vienne, grande spécialiste du design graphique, internationalement reconnue, est allée à la rencontre de ces 12 créatifs afin de créer des carnets originaux avec des interviews exclusives. Véronique a commencé sa carrière chez Raymond Loewy et a longtemps été directrice artistique aux Etats‑Unis au sein de Vogue et d’autres magazines à grands tirages. Aujourd’hui, elle est écrivaine, mais aussi critique et formatrice sur le design graphique.

Celle-ci a souhaité faire parler quelques grands designers graphiques sur la place du papier à l’ère du numérique. Retrouvez les interviews en intégralité de Hans Wolbers // Reza Abedini //Michal Batory // Catherine Zask // Elaine Ramos //  Leonardo Sonnoli // Eike König // Milton Glaser // Park Kum-Jun // Flavia Cocchi // Kati Korpijaakko et Daniel Eatock.

LE BO 12 C’est ca !

Pour découvrir les coulisses de fabrication, c’est par ici :

Après la lecture de chaque interview, je vous partage quelques passages qui m’ont interpellée, surprise, touchée…

Véronique Vienne nous confie que le choix du papier est un acte créatif.

Cette série de carnets vise à révéler les innombrables possibilités offertes par le papier pour faire ressortir la beauté latente des choses, en particulier à l’ère du numérique, alors que la dimension tactile de la communication visuelle est si gravement mise à mal.

Mais pour les designers graphiques d’aujourd’hui, le choix du papier est-il encore un acte créatif ? Si c’est le cas, comment réconcilier les exigences des médias électroniques et l’expertise nécessaire en matière de poids, de texture et de qualité pour sélectionner le papier idéal ? Dans quelle mesure le choix du papier participe-t-il au succès de la diffusion d’un message, d’une idée ou d’un concept ?

À l’issue de nos entretiens avec les douze participants, certaines conclusions émergent clairement. Tout d’abord, le papier procure une expérience émotionnelle que les appareils numériques ne peuvent offrir. Ensuite, les informations imprimées se retiennent mieux que lorsqu’elles s’affichent sur un écran. Enfin, les designers interrogés pensent tous que la réussite d’un projet dépend autant du papier que du choix des caractères, de la mise en page ou de la technique d’impression. Plus qu’un simple support, le papier fait partie intégrante du concept.

Hans Wolbers détermine, selon lui, ce qu’est du « bon » papier :

Le choix du papier commence par le toucher et le poids. Si l’on cherche à valoriser le contenu à imprimer, le poids représente un bon critère. Plus le papier est léger, moins les lecteurs respectent ce qu’ils lisent. Ceci fait partie des nombreux clichés qui peuvent exister sur le papier, et bien qu’ils paraissent banals, on ne peut les ignorer. Il faut prendre en compte les idées reçues du lecteur concernant la qualité du papier. Par exemple, bien que le papier non couché soit beaucoup plus cher que le papier couché, il donne la sensation d’être plus économique. Il ne vous viendrait pas à l’idée d’imprimer un texte sur l’environnement sur du papier glacé, bien que ce dernier soit en fait plus écologique que certains papiers mats fantaisie, car son aspect ne correspondrait pas au message véhiculé. (…)

Véronique demande : « Vous pensez que les images n’ont plus leur place dans notre culture ? »

En fait, nous ne savons plus ce qu’est réellement la communication visuelle. Nous avons perdu la faculté de percevoir les images en tant que symboles. Jadis, les gens illettrés savaient interpréter les signes. Ils regardaient les visuels et saisissaient le message d’une manière qui nous échappe totalement aujourd’hui. (…)

Reza Abedini, quant à lui, nous parle du rôle que le papier a joué dans l’évolution de la calligraphie arabe :

Le papier a influencé la création de nombreux scripts iraniens et islamiques. Par exemple, l’écriture Nastaliq renferme de nombreuses formes arrondies, dont le tracé nécessite des mouvements de la main souples et libres, ce qui serait impossible sur des surfaces dures comme la pierre, le bois ou le carrelage. Plus tard, ces nouvelles traditions ont été appliquées à d’autres utilisations de la calligraphie, comme la mosaïque et la céramique, et les différentes traditions continuent de s’influencer mutuellement.

Catherine Zask nous transporte dans son univers bien singulier.

Véronique Vienne : « Pourquoi la texture du papier est-elle si importante dans votre travail ? »

Mon travail consiste à créer des documents que les lecteurs souhaitent lire et conserver. J’essaie donc de combiner la vue et le toucher. Ces deux sens sont nécessaires, selon moi.

Imaginons par exemple une carte d’invitation imprimée sur du papier couché d’un côté et non couché de l’autre. Du côté couché, les couleurs sont fraîches et brillantes, et de l’autre côté, elles sont mates et veloutées. Vos doigts vous indiquent que les deux côtés sont différents. Il y a une différence entre le recto et le verso. Il y a un endroit et un envers. C’est palpable. Les mains ont leur propre intelligence. J’essaie d’exploiter au maximum cette capacité.

D’accord, c’est une différence infime. Mais la sensation subtile qu’on éprouve en touchant un papier à deux faces est liée au message qui y est imprimé. Le léger picotement ressenti au bout des doigts calme les nerfs et met de bonne humeur. Par contre, si on reçoit une carte d’invitation imprimée sur du papier ordinaire dont les deux côtés sont couverts d’un vernis acrylique insipide, on y jette un coup d’oeil rapide et on la jette à la corbeille.

Véronique Vienne : « Comment avez-vous appris à évaluer le papier ? »

Je collectionne toutes sortes de papiers. On peut dire que je suis papivore dans l’âme. Je suis toujours en quête de vieilles enveloppes, de papiers d’emballage, de morceaux de vieux carnets usés, de buvards, de papiers industriels, de papiers à cigarette, de cartons, et j’en passe. (…)

Carnet issu du BO12 par Catherine Zask

L’approche d’Elaine Ramos, est très instructive. Elaine est directrice artistique chez Cosac Naify, une maison d’édition leader au Brésil dédiée aux arts visuels. Architecte confirmée, elle dessine de l’intérieur vers l’extérieur et non de l’extérieur vers l’intérieur. Autrement dit, elle commence par le contenu, par la sensation procurée par le livre lorsqu’on l’ouvre, par l’expérience de lecture lorsqu’on tourne les pages. et par le papier sur lequel le texte et les images sont imprimés.

Leonardo Sonnoli aime particulièrement des livres visuels et mélodiques, qui produisent des sons. Par exemple, le célèbre livre de Keith Godard, « Sounds », réalisé avec différentes qualités de papier : fins, friables ou très denses. Lorsqu’on tourne les pages, le livre produit une série de sons distincts et intrigants.

Mais il n’est pas toujours possible d’utiliser le papier pour ses qualités sonores ! Les pages les plus fines sont souvent les plus sonores, mais elles sont fragiles et n’absorbent pas l’encre de manière homogène. Comme je dois privilégier la lisibilité du texte et des images, j’utilise rarement des papiers translucides ou légers, bien qu’ils soient irrésistibles au toucher… et à l’oreille.

Eike König nous partage qu’on peut encore créer des dessins surprenants avec du papier !

Contrairement à l’ordinateur, qui favorise l’isolement, le papier est propice à l’expérimentation, au partage et à la socialisation. Lorsqu’on esquisse des idées ou lorsqu’on crée un modèle ou un prototype sur du papier ou du carton, les gens s’arrêtent pour voir ce qu’on fait. Ils vous donnent des conseils, apportent des commentaires, posent des questions, et les nouvelles idées fusent de tous côtés. (…)

Pour Milton Glaser, le problème du toucher et de l’authenticité sont plus liés à la main qu’au papier lui-même.

Le problème principal, à l’ère numérique, c’est la relation entre la main et le processus de création. Les graphistes sont de moins en moins nombreux à dessiner à la main, et c’est très dommageable. Ils ne conceptualisent plus de formes innovantes, car ils trouvent des images toutes prêtes en ligne. Selon moi, ils se contentent de « trouver » des solutions au lieu d’en créer.

Picasso disait : « Je ne cherche pas, je trouve. »

Picasso dessinait tout le temps ! Le dessin n’est pas la création d’une représentation, mais procède d’une attention permanente. Lorsqu’on dessine quelque chose, on est attentif. C’est ainsi que l’on commence à comprendre le monde. Dessiner consiste à comprendre. Comme la main est un cerveau modifié, et non une simple prolongation du cerveau, dessiner à la main, c’est dessiner avec une partie du cerveau.

Pour moi, c’est la plus extraordinaire des rencontres : une surface brute, le papier, qui accepte la trace du crayon. Pour un dessinateur, c’est un engagement fondamental.

Kati Korpijaakko, aujourd’hui artiste contemporaine, utilisant des matériaux très variés, comme la fibre, la pâte à papier, la cire et la céramique fut la directrice artistique de magazines à grands tirages comme VIKKO, féministe Ms., Mademoiselle, Glamour et Self entre autres.

L’arrivée des ordinateurs n’a pas totalement éliminé le papier. Mais ce qui a disparu, c’est l’esprit de désinvolture et de camaraderie de l’ère pré-numérique. Durant les 25 ans où j’ai travaillé en tant que directrice artistique de magazines, on dessinait encore à la main et je m’asseyais rarement. On travaillait tous dans une salle commune, debout, face à de hauts bureaux inclinés ressemblant à des tables d’architecte. On bougeait. On attrapait du matériel. On faisait les cent pas. On se racontait des histoires. On pourrait penser que c’était pénible physiquement, mais ça ne l’était pas. Qu’est-ce qu’on s’amusait ! On travaillait dur, mais on se sentait privilégiés en étant au service d’une des sociétés les plus prestigieuses du monde.

Véronique Vienne : « La qualité des magazines a-t-elle souffert de l’arrivée des ordinateurs ? »

C’est notre santé qui a souffert le plus ! Le département artistique est devenu un lieu de sédentarité. On ne fait plus d’exercice et on a beaucoup perdu en termes de socialisation. On a gagné des poignées d’amour à force de rester assis toute la journée !

(…)

Après de belles rencontres au brainstore Antalis de Saint-Cloud, un BO12 bien emballé sous le bras, une enveloppe remplie d’échantillons de papier pour mes prochains projets, je suis rentrée rêveuse et radieuse.

Oui, pour ma part, le papier créatif a encore la vie belle à l’ère du numérique !  Et son histoire ne fait que commencer !

Sources : www.bo12.com // Antalis // Véronique Vienne 

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